Simon Bugnon : photographe émerveillé

Publié le 14 février 2019

par Stéphane

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Simon Bugnon (©Matthieu Dupont)

Rencontre avec un photographe humble et talentueux

Malgré son jeune âge, on ne présente plus Simon Bugnon, dont le talent est reconnu bien au delà des frontières de l’Ardèche. Ses photos sont régulièrement publiées dans des magazines de référence et son talent a été récompensé pas les plus grands festivals de photographie.
Malgré tout ça la première chose qu’on remarque chez Simon Bugnon c’est son humilité. Le jeune photographe est gêné par les compliments, il déteste parler de lui, et concède être très mal à l’aise en public… Simon appartient à une autre espèce d’Hommes : celle des émerveillés ; ces gens qui ont conservé leur regard d’enfant et qui se sentent à leur place au milieu de la nature sauvage.

Comment es-tu venu à la photo naturaliste ?

S.B : « C’est la nature qui m’a amené à la photo. Dès que j’ai eu un appareil entre les mains, vers 14 ans, ça s’est imposé comme le moyen d’aller vers ce qui me passionne et de le partager. J’ai appris en autodidacte, et j’ai commencé à 20 ans à en faire mon activité professionnelle.
C’est la seule que j’exerce depuis, en me consacrant autant que possible à mes domaines de prédilection, pour l’essentiel dans le département, de la photo de paysages à la macro. »

Ascallaphe dans la Garrigue (©Simon Bugnon) ►Cliquer pour voir en plein format

 Dans tes photos, on ressent à la fois une grande maîtrise technique et beaucoup d’émerveillement.

S.B : « L’émerveillement ! C’est ce que j’espère communiquer. Je crois que j’ai cette chance d’avoir gardé en quelques sortes un regard d’enfant, je ne peux pas concevoir de perdre cette faculté de m’émerveiller.

Chaque instant, chaque lumière, chaque rencontre est unique, et je sais que je ne ferai jamais qu’effleurer la merveille et la complexité du monde. Et nous sommes dans un secteur d’une telle richesse naturelle, avec une telle diversité de milieux… Je ne suis pas prêt d’en ressentir une lassitude. »

Castor au lever du soleil (©Simon Bugnon) ►Cliquer pour voir en plein format

Comment peux-tu décrire la nature ardéchoise ?

S.B : « Indomptable. L’histoire de cette région est profondément humaine, il n’y a quasiment pas un espace qui n’ait été occupé et aménagé. Et pourtant, sans doute grâce à l’apprêté du relief et la force des éléments, avec l’eau omniprésente qui est notre trésor, on voit la puissance de régénération de la nature depuis l’exode rural. Certaines espèces se réimplantent, comme la loutre, le loup ou l’aigle royal.

Mais les mentalités ont du mal à suivre et nos richesses de biodiversité, comme la beauté des paysages, ne sont pas considérés à leur juste valeur par beaucoup d’habitants et de représentants. L’isolement relatif est une chance pour la nature ardéchoise, mais je suis affligé par toutes les atteintes que je vois, par le grignotage des espaces par le développement, et les effets du changement climatique se constatent déjà. »

 

Cincles plongeurs ©Simon Bugnon

Qu’est-ce que tu ressens quand tu passes une journée en pleine nature, coupé du monde ?

S.B : « Coupé du monde ? C’est une expression qui en dit long ! Je me sens plutôt coupé du monde quand je suis entre des murs, et relié à celui-ci au bord d’un ruisseau ou à scruter les herbes d’une clairière… Dans mon monde !

Ce temps passé à contempler est pour moi vital. Je pense qu’un espoir pour la société humaine résiderait dans le fait que beaucoup de gens, et surtout les plus jeunes, aient la possibilité d’être touchés par ces émotions, en se reconnectant à la nature. Qu’on déconstruise l’anthropocentrisme profondément ancré dans notre culture… »

De toute la faune facilement observable, quelle espèce te fascine le plus ?

S.B : « Très difficile de répondre à cette question car j’ai toujours des difficultés à hiérarchiser !

Que ce soit un amphibien, un passereau ou un papillon, il y a tant d’espèces facilement observables qui m’émeuvent à chaque rencontre, je ne pourrais pas dire laquelle me fascine le plus. »

Pourquoi connait-on si mal ces insectes d’une beauté incroyable ?

S.B : « On est souvent capable de voir seulement ce dont on connait l’existence, et les insectes occupent une place bien dérisoire dans les connaissances de la plupart des gens, ils sont souvent réduits à des considérations utilitaristes alors qu’ils représentent avec les autres invertébrés 80% des espèces vivantes.

80%, c’est aussi l’estimation de la baisse des populations d’insectes en Europe en 30 ans. Mais en dehors des problèmes économiques que ça pose, avec la pollinisation et l’apiculture, trop peu s’en alarment alors que c’est tout le tissu du vivant qui s’effondre, avec toute la poésie et la beauté. »

Prendre le temps d'observer (©Simon Bugnon) ►Cliquer pour voir en plein format

Un conseil aux vacanciers ayant envie d’observer la nature ?

S.B : « Venir en Ardèche au printemps plutôt qu’en été. Marcher Ne pas rechercher le spectaculaire, le sensationnel, mais ressentir, prendre le temps d’observer les détails.
Se documenter autant que possible, pour comprendre et aimer, sur l’histoire, la géologie, la situation écologique, les milieux, les espèces…

On a de vastes Espaces Naturels Sensibles, où des animations et des balades sont proposées, un bon moyen de découvrir les richesses et les spécificités naturelles du territoire. »

Un ruisseau presque secret

 

Parle-nous d’un endroit où tu aimes te poser et regarder le paysage ?

S.B : « J’aime beaucoup les chemins de crête au-dessus de la Besorgues et la Volane, mais je crois que mon point de vue préféré sur le secteur est depuis le Champ de Mars, un petit plateau à 1343m. Sur ce promontoire entre basalte et granite, on aperçoit l’ensemble des vallées du bassin albenassien, ainsi celles qui rejoignent l’Eyrieux au Nord. De belles randos permettent d’y accéder depuis les hameaux de Bise et du Mazoyer. »

le Champ de Mars (©Steph Tripot)

Courez voir les expos de Simon Bugnon !

Il expose souvent en Ardèche durant la saison estivale (l’Office de Tourisme vous donnera toutes les infos).
Surtout offrez-vous cette bonne dose « whouahou! » qui fait du bien, en allant admirer ses tirages de plus près. C’est merveilleux, touchant, étonnant.
Le regard d’enfant de Simon allié à sa grande maîtrise technique nous rappellent que le spectaculaire n’est pas là où on le cherche.

J’ai vu trois expositions de Simon et à chaque fois j’en suis ressorti ému.
Et si l’émerveillement est le premier pas vers le respect, le talent de Simon est plus que jamais nécessaire !

Stéphane TRIPOT